Risque d'anarchie (éditorial)
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Deux morts. Deux chauffeurs polonais employés par la filiale d’une société de transport belge sont morts le 1er avril à Wingene. Ce fait divers dramatique doit faire réfléchir toute la communauté du transport routier à ses pratiques. Jusqu’à preuve du contraire, rien n’était illégal dans cette affaire, mais il n’y avait pas grand-chose de moral non plus. Imaginer qu’un homme (et dix, a fortiori) va passer tout son week-end sagement assis dans sa cabine à regarder des DVD relève de la tactique de l’autruche. Mais cela ne veut pas dire que tous les chauffeurs de l’est qui travaillent pour une filiale de société de transport belge sont honteusement exploités, cela ne veut pas dire que tout le secteur du transport utilise cet artifice pour augmenter artificiellement ses bénéfices, et cela ne veut pas dire non plus qu’il suffit d’en appeler à une harmonisation des salaires en Europe pour que le problème se résolve de lui-même.
Les résultats de notre Truck & Business Barometer ne le montrent malheureusement que trop bien : beaucoup de transporteurs ont ‘mal à leur métier’. Ceux qui tentent de faire le leur correctement n’ont jamais autant souffert de la concurrence déloyale, autant perdu de contrats, autant dû baisser leur pantalon devant leurs clients.
Alors, oui, les véritables sociétés ‘boîte aux lettres’ doivent être repérées et poursuivies, tout comme les faux indépendants. Pas parce qu’elles contreviennent à l’image qu’on se fait d’une société de transport, mais parce qu’elles ne répondent pas aux conditions d’installation d’une société de transport telles que prévues dans le règlement européen qui régit l’accès à la profession et l’accès au marché.
Le recours aux transporteurs polonais ou lithuaniens n’est pas condamnable, tant qu’il se déroule dans les règles sur le cabotage. Ce qui manque aujourd’hui, c’est du contrôle, au-delà des effets d’annonce. Si la puissance publique ne parvient pas (plus) à faire respecter quelque règlement que ce soit, ce règlement en devient vide de sens.
Je ne le cache pas : les transporteurs qui ont développé leur entreprise avec du personnel propre représentent mon ‘modèle’ préféré. J’ai rencontré tant d’entrepreneurs enthousiastes et fiers de leur réussite pour ne pas admirer leur force de travail et leur ténacité. Je n’ai aucun problème avec d’autres ‘modèles’ qui résultant de l’évolution du marché, pour autant qu’ils soient légaux. Mais lorsque les règlements et les lois n’ont plus de portée que pour ceux qui veulent bien les appliquer, le libéralisme fait place à une forme d’anarchie.
| 02/04/2012 | Claude Yvens
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